• DRAOUI, ou le destin du Garrincha Algérien

    Il nous a quittés sur la pointe des pieds
    Draoui, ou le destin du Garrincha algérien
    A. Salah Bey


    «Draoui, ya bouney (*)», on entend encore la voix du légendaire commentateur sportif de l’époque, Abderrazak Zouaoui, louant les arabesques de l’enfant terrible de Skikda au sommet de son art sous les couleurs du Mouloudia d’Alger  et de l’équipe nationale.

    Aïssa Draoui, né le 30 janvier 1950, a fait ses débuts de footballeur à la JSM Skikda, club de sa ville natale, mais le fait que ce dernier évoluait en D II ne pouvait lui procurer la notoriété qui sied à son talent. Il fallait donc un coup du destin et une virée à Alger
    chez le doyen des clubs algériens pour que la carrière de Draoui prenne un autre envol, une autre dimension. Il écrira, aux côtés des Betrouni, Bachi, Bencheikh, Bachta, Zenir, Mahiouz, Kaoua, Aït Mouhoub, le défunt Aït Hamouda, les plus belles pages du Mouloudia des années soixante-dix où il sera vite adopté et adulé par les milliers de supporters des Vert et Rouge.
    Virtuose du ballon, un pur gaucher, un artiste hors pair, Draoui a enchanté par sa technique,  sa gestuelle, ses centres parfaits et ses buts magnifiques, les foules qui, à l’époque, avaient la chance de le voir évoluer. Son passage à l’Ecole militaire d’éducation physique et des sports (Emeps) l’a forgé en lui faisant gagner en rigueur et en discipline dans le jeu. Tombé sous le charme de ce joyau, Saïd Amara, alors sélectionneur national, lui fait appel et Draoui honore sa première sélection, le 27 mai 1973, à Kampala face à l’Ouganda, lors d’un match qualificatif à la CAN. Cette même année, tout le monde pensait que sa carrière allait prendre un sale coup après une fracture au tibia lors de la finale de Coupe d’Algérie entre le Mouloudia et l’USM Alger (4-2), le jour où il laissa sa place à Kaoua qui marquera de son empreinte ce match resté dans les annales.
    Mais, c’est sous la coupe de Rachid Mekhloufi et sa bande de lutins que Aïssa Draoui atteindra le firmament à l’occasion des Jeux méditerranéens de 1975, date repère qui scellera le départ du football algérien. Draoui éclabousse le tournoi de son talent et de son génie, en faisant pleurer le grand gardien Attouga en demi-finale, et en terminant avec une médaille au cou et le titre de meilleur buteur avec huit réalisations. L’enfant de Skikda enchaîne l’année suivante avec un triplé historique : coupe, championnat et Coupe d’Afrique des clubs champions, étoffant un palmarès déjà riche en titres et en gloire. Et puis, comme les rêves magnifiques se terminent brusquement, celui de Draoui prend fin en 1977 où il disputa son dernier match sous le maillot vert, le 27 février face à la Tunisie (1-1), une rencontre qui éliminera l’équipe nationale de la route du Mondial argentin de 1978.
    Au MCA, Draoui dira également adieu, malgré les sollicitudes des dirigeants et des supporters, pour retrouver sa petite famille à Skikda. Loin d’Alger, de ses mondanités et de ses opportunités, Draoui se consacrera exclusivement à sa petite famille qu’il chérira par-dessus tout, mais qui, malheureusement, ne l’empêchera pas, à un moment donné, de sombrer dans la solitude d’une star descendue de son piédestal et dans un anonymat qui le fragilisa socialement.
    Atteint par la maladie, Draoui déprimera et goûtera, durant quelques années, à une vie précaire, avant que ses anciens coéquipiers et les autorités de sa ville ne lui viennent en aide en lui organisant régulièrement des matchs de galas et des cérémonies en hommage à sa brillante carrière, fût-elle courte.
    Il y a quelques jours, Draoui a eu une attaque et avait été hospitalisé, en attendant de l’évacuer en France pour des soins intensifs. Mais le Garrincha du football algérien partira rejoindre l’Eternel, l’année où l’une de ses filles a décroché son bac et où le MCA renoue avec le succès en Coupe d’Algérie. Draoui est parti, laissant derrière lui le souvenir impérissable d’un grand joueur, d’un génie, qui n’a jamais monnayé son talent, mais qui a vécu passionnément pour le football et pour sa famille. Adieu l’artiste et que Dieu t’accueille en Son Vaste Paradis.
    A. S.-B

    (*) : Ya bouney = mon fils, en arabe.

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