• SELLAH Mohamed

    Bracci / Sellah
     

    Mohamed Sellah

    (commentateur sportif)

     

    «Algérie-RFA, le plus beau morceau de l’histoire»

    Parler de la presse sportive algérienne, sans évoquer le nom de Mohamed Sellah, c’est faire preuve d’un réel non sens et manquer de respect à l’histoire. On ne s’étendra pas ici sur les mérites bien connus de celui qui demeure l’un des plus illustres journalistes sportif algériens. A bientôt 70 ans, le sympathique Mohamed (aujourd’hui retraité), l’autre héros de Gijon, laisse pour les jeunes et moins jeunes un souvenir impérissable. Nous vous le rappelons à travers cet entretien.

     

    Qui est réellement Mohamed Sellah    Et que devient-il ?

    "Je suis père de famille, né en 1936 à Damas, aujourd’hui à la retraite après avoir été au service de la radio durant près de cinquante années".

     

    Quand et comment avez vous débuté dans le métier de commentateur sportif ?

    "C’est  en 1963 que j’ai fait mes premiers pas dans la presse sportive. J’ai commencé par exercer le métier de speaker à la radio, car à cette époque, le service des sports n’existait pas encore. C’est en 1965 que le directeur de l’ex-RTA est venu me solliciter après avoir appris que j’avais été footballeur.

    Mon premier reportage a été le match Algérie-Tunisie. Joué en nocturne au stade du 20 Août 55, c’était la 1re fois que la Radio algérienne retransmettait le commentaire d’une rencontre en direct et en langue nationale de surcroît".

     

    Vous vous êtes bien débrouillé, n’est-ce pas ?

    "Absolument. D’autant que Abdelkayoum Boukaâbache et moi-même avions été félicités par les auditeurs  et notre direction. Depuis ce jour qui restera mémorable pour moi, ma carrière était toute tracée".

     

    Le service des sports de la Chaîne I est venu bien après, est-ce exact ?

    "Ce n’est qu’au lendemain des JA de Lagos en 1972 que les responsables de la radio ont opté officiellement pour un service des sports et m’ont placé à sa tête".

     

    On croit savoir que vous avez joué au football à un niveau intéressant...

    "Oui, puisque j’ai évolué à l’Espérance de Tunis en minime et cadet avant d’opter pour le Stade populaire de Tunis chez les seniors, c’était en 1954/55. Aujourd’hui, à bientôt 70 ans, je continue à m’entraîner avec l’équipe du club de la presse sportive".

     

    Quel est le meilleur souvenir que vous gardez de votre exceptionnelle carrière professionnelle ?

    "Je ne pourrai jamais oublier l’historique victoire de l’Algérie sur le RFA en Coupe du monde 82. Durant tout le match, j’étais dans une véritable hystérie. Je serai dans l’incapacité aujourd’hui de refaire le même commentaire. D’ailleurs, ce commentaire a fini par être repris par bon nombre de radios étrangères, notamment espagnole et allemande".

     

    La rumeur dit que vous aviez refusé de céder l’antenne à la speakerine de la Radio algérienne qui insistait pour passer l’adhan de la prière d’El Assar. Est-ce vrai ?

    "C’est pas du tout correct d’avancer de tels ragots. J’ai simplement dit qu’il restait 30 à 40 secondes à jouer. Je n’avais pas débité un mot de plus lorsque l’arbitre a  annoncé la fin du match.

    Celui qui peut prouver le contraire n’a qu’à présenter une cassette enregistrée du match. C’est vrai que j’étais dans un état second, mais de là à ne pas respecter l’horaire de la prière…"

     

    On dit que vous êtes un fervent supporter du MCA, le confirmer-vous ?

     

    "Je n’ai pas de préférence. J’aime le football et j’aime aussi les équipes qui le pratique bien. Le MCA de 1976 m’emplissait de bonheur, tout comme celle du CRB des Lalmas, Selmi, Achour, Kalem…."

     

    Quels sont les joueurs algériens qui vous ont le plus marqué ?

    "Lalmas, Betrouni (MCA), Madjer, Draoui (MCA), Merzekane étaient mes préférés".

     

    La personnalité sportive qui vous a impressionné jusque-là ?

    "Il y en a quelques-uns. Toutefois, c’est Rachid Mekhloufi qui pour moi forçait le plus le respect et considération. Son retrait aura été une réelle perte pour le football national".

     

    Que pensez-vous du niveau actuel de notre  football et de la violence qui règne sur nos terrains ?

    "Le football algérien a considérablement régressé et ce, à tous les niveaux. Aussi avec une décrépitude pareille on ne pourra endiguer la violence qui a atteint partout des proportions souvent dramatiques"

     

    Entretien réalisé par Abdenour Belkheir

     

    Mohamed Sellah se confie au Jour d’Algérie

    «Le commentaire, un art pas à la portée de tous»

     

    Sellah, un son, une voix reconnue tout de suite avec ses intonations particulières commentant les péripéties de l’équipe nationale. Le voici, côté cour et côté jardin. Ecoutons-le.

     

    Entretien réalisé par Rabah Douik

     

    Le Jour d’Algérie : Vous êtes pratiquement le doyen des commentateurs sportifs à la Radio nationale, très estimé des auditeurs qui vous écoutent. Ils voudraient savoir ce que vous devenez ?

    Tout d’abord, je suis très honoré par l’intérêt que manifeste à mon égard le Jour d’Algérie. Jour comme le jour qui se lève en même temps que le soleil qui l’illumine. Pour répondre à votre question, je suis retraité depuis 1996. A la demande du directeur général, je continue à collaborer à la radio à titre de commentateur et consultant à l’occasion de grands rendez-vous footballistiques.

     

    Vous avez quel âge, M. Sellah ?

    Bientôt, j’aurai soixante et onze ans

     

    Et vous êtes toujours d’attaque ?

    El Hamdou Lilah ! Grâce à une bonne santé renforcée par mon activité sportive. Je ne suis pas loin des terrains étant donné que je suis à la tête de l’équipe de football de la presse algérienne ( APS) en qualité de vice-président d’honneur. J’étais l’un des membres fondateurs de cette même équipe qui a pris part à la Coupe du monde au Maroc et à Dubaï ( EAU).

     

    Résumez-nous en quelques phrases votre carrière, voulez-vous ?

    J’ai vécu énormément d’événements parfois douloureux, parfois joyeux. Je suis le fondateur du service des sports de la Chaîne I en 1964 que je dirigeais jusqu’à ma retraite. Ce fut un honneur pour moi à cette époque  post-indépendance où l’arabe n’était pas usitée couramment en même temps qu’il n’existait pas de retransmission des matches en arabe. J’ai débuté en qualité de speaker en 1970-1971 en couvrant le premier tour cycliste d’Algérie.

    Je me souviens qu’à l’étape de Tiaret qui a été annulée pour cause d’abandon des cyclistes sur une montée, où ce jour-là il neigeait, le secrétaire de la fédération, un certain Kebaïli a eu le réflexe intelligent de couvrir les cyclistes  de «kechabia» tout en les invitant à se diriger tout droit au bain maure, une tisane à la main (rire). Ma première sortie médiatique extra muros, fut la couverture des Jeux africains de 1972 à Lagos (Nigeria). En 1975, à l’initiative de l’étoile sportive du Sahel, j’ai fondé l’union des commentateurs arabe dans le but avoué étant d’usiter la même terminologie footballistique (ex : but au lieu de goal en arabe).Tout comme j’ai couvert l’ensemble des phases finales des Coupes d’Afrique des nations et les Jeux olympiques.

     

    Vous avez également couvert les deux Coupes du monde auxquelles l’Algérie a pris part. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?     

    Ce fut deux événements grandioses. Beaucoup de gens ignoraient alors qu’un travail de fond s’est fait. Belloumi, Assad, Madjer étaient des joueurs préparés depuis les catégories minimes sous la houlette de grands professionnels tels que Rachid Makhloufi et Soukane. Ils étaient très motivés car, politiquement Chérif Messaâdia, en compagnie de sept ministres, ont regroupé l’équipe autour d’un méchoui sur le terrain du golf, la veille de leur départ en Espagne. Messaâdia leur aura tenu le langage suivant : «Je sais que vous allez affronter un monument du football (ex-RFA) mais si vous mettez du cœur comme nous l’avons fait face au colonisateur, vous y arriverez». Le joueur Maroc qui ne comprenait pas un traître mot en arabe, s’est esclaffé:  «Et alors!» (Rire).

     

    C’était votre meilleur match de commentateur ?

    Je préfère celui qui nous a opposés au Chili car, pendant qu’il restait un match à jouer pour l’Allemagne, Schumacher qui était assis ce jour-là à mes côtés me faisait une tape sur le genou en me disant : «Vous avez acheté le match» après le carton de 3 à 0 en première période. La suite est connue dans la mesure où c’est la RFA qui a combiné avec l’Autriche pour que les Verts soient éliminés. L’Algérie a depuis rendu service au football mondial suite à la décision de la Fifa de faire jouer au même jour et à la même heure les derniers matches de chaque groupe. Personnellement, j’étais sollicité par cinq confrères étrangers qui ont enregistré sur leur dictaphone mon analyse et conclusion de cette rencontre qu’ils ont diffusée sur les Chaînes de radios espagnoles et allemandes. Quatre ans après, nous voilà au Mexique…

     

    Permettez-moi d’abord de lever le voile sur cette histoire que tout le monde se raconte, à savoir que vous ne vouliez pas rendre l’antenne pour el adhan du Maghreb…

    En toute franchise, c’est de la pure spéculation de certaines personnes malintentionnées. En vérité quand ma consœur m’a appelé pour me demander de rendre l’antenne, je lui ai fait savoir qu’il ne restait que trente secondes du temps réglementaire et que l’arbitre n’allait pas tarder à siffler la fin du match et pendant que j’expliquais cela, le referee a mis fin à la partie. J’avais simplement jugé que si je rendais l’antenne, le résultat final serait communiqué en différé. C’est comme si j’avais travaillé pour rien d’autant que la radio était prisée plus que la télévision à cette époque. A la limite, elle aurait dû se garder de m’appeler.

     

    Allons y pour le Mexique maintenant…

    En 1986, l’équipe nationale a raté sa sortie comme en Espagne et pourtant elle avait les capacités d’aller loin dans la compétition. On avait fait match nul contre l’Irlande et perdu par la petite des marges contre le Brésil. Pourtant, on a mieux joué que nos adversaires. Quant à l’Espagne, autant vous dire que ses dirigeants ont demandé à Rabah Saâdane de faire match nul. Il avait refusé.

     

    Vous n’avez pas édité de livres qui traiteraient du football national, pourquoi ?

    J’avais l’idée mais peut-être que mon emploi du temps m’en a empêché jusque-là. Encore qu’il me  faudrait de l’aide. J’ai vécu de grands événements auxquels l’Algérie a participé. J’ai les archives qu’il faut. Peut- être bien que je me déciderai un jour ou l’autre.

     

    Vous a-t-on rendu hommage et honoré ? 

    Oui ! J’étais honoré par deux ministres de la Jeunesse et des Sports. Leïla Aslaoui qui m’a offert un voyage tous frais payés à Zéguinchor (Sénégal) et pareillement par Mouldi Aïssaoui à Bari (Italie). Chadli Bendjedid m’a honoré à son tour d’une distinction unique en son genre en m’offrant une attestation d’encouragement en 1987. L’Union arabe de football m’a également honoré à deux reprises en qualité de doyen et meilleur commentateur à l’échelle arabe. Enfin, la Radio nationale m’a remis un cadeau. Je déplore qu’aucun ministre de la Communication n’ait songé à en faire de même pour les énormes services que j’ai rendus à la balle ronde. 

     

    Que ressentez-vous quand vous commentez un match de l’équipe d’Algérie ?

    Un sentiment national naturellement spontané. Combien de temps a coulé sous les ponts depuis 1982, il n’empêche que mes frasques, mes cris, ma temporisation sur des actions afin d’expliquer comment elles étaient orchestrés depuis le début et la manière de les rapporter fidèlement aux auditeurs font partie de ce métier qui n’est pas à la portée du premier venu. Le commentateur n’invente pas mais il  a déjà ce don divin et le reste suit tout naturellement. De plus, j’ai pratiqué du foot en catégorie junior à l’Espérance de Tunis. Quand la Juventus a rencontré l’Algérie au 5-Juillet, Platini est venu pour qu’on le voie. En fin de compte, c’est lui qui voit Belloumi. C’est vous dire la qualité du football national d’avant.

    Et puis vous avez ce son si particulier qui vous distingue tout de suite…

    Effectivement, j’ai cette «beha», intonation de la voix qui sort des profondeurs de mes entrailles «Ya salem» (Extraordinaire)

    «Zidane-Dahlab-Assad—Belloumi-Madjer…Ouhhhh !!! » (Rire). 

     

    Ce qui n’est pas le même cas de figure quand on commente un match de club algérien, n’est ce pas ?

    Les équipes algériennes ne me donnent pas l’appétit d’avant. Leur niveau est si bas que je me concentre mieux sur l’équipe nationale. De plus, le commentateur doit faire preuve obligatoirement de neutralité en ne montrant aucunement son penchant pour tel ou tel club. Maintenant, il nous arrivait à l’époque d’accompagner bruyamment une très belle action de la JSK ou du MCA qui ont un rendement collectif intéressant et certains croyaient qu’on roulait pour tel ou tel club. Ce qui était évidemment faux.

     

    Comment voyez-vous le football national d’aujourd’hui ? 

    On est loin des années fastes de 1982 ou 1990. On a des jeunes pétris de qualité mais manquent cruellement de formation. L’instabilité de l’encadrement technique et administratif en rajoute à cet état de fait.

     

    Mohamed Sellah, faites-nous connaître votre petit jardin secret….

    Je suis né à Damas en 1936. Mes parents sont originaires de Kabylie où nous étions rentrés vers 1945 à Ouled Ouareth de Sidi Naâmane précisément, village de mon défunt père. Au bout d’une année, ma mère d’Azazga avait demandé à mon père d’émigrer à nouveau à Tunis vu que celui-ci avait du mal à s’acclimater à l’environnement dans la mesure où il a baigné toute sa vie dans une culture orientale. Ce n’est qu’à l’indépendance que nous sommes rentrés et résidons comme vous le voyez à Kouba. J’aime le sport que je pratique, quelques chants, les documentaires et les reportages.

    R.  D.

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